L’église du deuxième mille
mardi 24 juillet 2012, par Michel Bisaillon | English |
« Vous avez appris qu’il a été dit : oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis… Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui... Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux… » (Matthieu 5.38-48)
Si quelqu’un te force à faire un mille…
Cette expression remonte à l’époque où les Perses régnaient, faisant référence à l’autorité déléguée par le roi envers ceux qu’il mandatait à une mission particulière. Si un soldat ou un courrier avait besoin d’assistance pour accomplir le mandat du roi, il pouvait commander de force un homme ou réquisitionner son bien, tel qu’un cheval, un chariot ou quoi que ce soit d’autre sans qu’aucune question ne lui soit posée. C’est plus tard que les armées grecques et romaines ont adopté cette pratique.
À l’époque de Jésus, n’importe quel Juif pouvait être forcé de venir en aide à un légionnaire, qu’il en ait réellement besoin ou pas pour porter son bagage. C’est un peu de cette façon que Simon de Cyrène a été forcé de porter la croix de Jésus (Matthieu 27.32).
Nous pouvons comprendre que les Juifs avaient alors un profond ressentiment face à cette loi humiliante. Ils voyaient cela comme un symbole de la domination étrangère.
Vous pouvez imaginer leur surprise lorsque Jésus a dit : « Fais en deux avec lui ». Un instant ! Être contraint de faire quelque chose pour les « méchants » Romains était déjà difficile, mais toi, tu nous demandes de faire le double ?
Pour plusieurs, à cause de leur haine, faire un mille pouvait susciter beaucoup de frustration et d’animosité. Je crois que beaucoup de ses auditeurs ne pouvaient pas vraiment saisir ce que Jésus était en train de leur dire.
L’Église du deuxième mille
« Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. »
La première pensée qui peut nous venir à l’esprit en lisant ces propos, nous qui n’aimons pas être forcés de faire quoi que ce soit, c’est que Jésus ne veut certainement pas dire ce qu’il dit. Il s’agit sûrement d’une exagération de langage du Moyen Orient de l’époque… Cela ne peut pas tout de même pas être l’exemple d’une attitude de soumission à appliquer dans notre contexte de vie ! Jésus appelle son église à une réponse différente et nouvelle face au « monde du premier mille » - les gens qui cherchent à nous exploiter, ceux qui nous irritent et nous frustrent. Mais alors que signifie faire le deuxième mille ?
S’élever au dessus de notre désir instinctif de ruer dans les brancards, de faire le minimum quand ça « fait pas mon affaire ».
Ravaler notre orgueil, être lent à la colère, rapide à pardonner, vivre la grâce face à l’injustice.
S’éloigner de la tiédeur.
Être à l’écoute de l’Esprit du Royaume.
Nous pourrions aussi dire :
Aimer son prochain, c’est le premier mille – aimer son ennemi, c’est le deuxième mille.
Bénir ceux qui nous bénissent, c’est le premier mille - bénir ceux qui nous maudissent, c’est le deuxième mille.
Faire du bien à ceux qui nous font du bien, c’est le premier mille – faire du bien à ceux qui nous haïssent, c’est le deuxième mille.
Prier pour ceux qui prient pour nous, c’est le premier mille – prier pour ceux qui nous maltraitent et nous persécutent, c’est le deuxième mille.
Nous réalisons alors que le premier mille est un chemin assez fréquenté par les croyants - on peut même y trouver des embouteillages, pare-choc contre pare-choc… mais le deuxième mille n’est pas très fréquenté ; il n’y a pas d’achalandage. Il est presque désert.
Le Québec a besoin de voir une église différente, une église qui vit selon les valeurs du Royaume de Dieu, parce que c’est ainsi que Dieu agit envers nous, son église.
Pour nous, le deuxième mille est celui du sacrifice et de l’engagement.
Pour le bien de ce monde, le deuxième mille est celui de la percée et de la semence.
Je suis convaincu que de nombreux Québécois vont s’approcher du salut par le témoignage de Christ dans la vie de l’église alors qu’elle manifeste cette « vie du deuxième mille ».
Jésus a fait le deuxième mille pour chacun d’entre nous. Il se peut que vous vous sentiez maltraité, ou qu’une personne en autorité vous frustre. Vous devez prendre un moment et vous demander : Est-ce que cette personne a besoin de mes prières, de ma sympathie, d’être comprise, de ma patience ?
Face à l’humanité séparée de Dieu, tout le monde fait partie du problème ou de la solution. Être un « chrétien du deuxième mille » signifie faire partie de la solution en préparant une percée et en semant pour une récolte dans ce monde pour la gloire de Dieu.
Nous ne pourrons jamais découvrir la bénédiction de l’abondance de la vie dans le Royaume de Dieu jusqu’à ce que nous commencions à nous soumettre à l’Esprit du Royaume et que nous choisissions d’être des chrétiens du deuxième mille.
Matière à réflexion
Avez-vous un témoignage d’une expérience vécue au niveau personnel ou en tant qu’église sur le principe du « deuxième mille » ? Partagez-le avec nous en cliquant ici.
Dans les circonstances présentes que vit votre église, à quoi pourrait ressembler ce « deuxième mille » ?
Dans l’avenir, quelle serait une façon concrète de vivre ce « deuxième mille » pour un meilleur témoignage dans votre ville ou quartier ?
Cliquer ici pour voir une superbe vidéo illustrant bien cette vérité (en anglais - désolés).